Ce week-end, j’ai ressenti les premiers frissons de l’automne. Ils ne m’ont pas déplu.
Et pour une fois, j’ai dormi.
Peut-être parce qu’ils étaient dans la pièce à côté, tranquilles, rassurants, endormis. Je n’avais plus envie de courir. Le temps passerait toujours trop vite quoique je fasse.
Je suis retournée dans le Marais. Ca ne m’a pas fait peur, j’avais quelque chose à y faire. Quelque chose comme un engagement. Pas forcément utile, mais on comptait sur moi. J’ai fait ce que j’ai pu, observé les badauds, fait des sourires tout l’après-midi, parlé d’un ton enjoué, écouté les bavardages des gens seuls ou rendu un sourire à un inconnu. Je me suis sentie légère, faisant à nouveau partie d’un tout.
Je les ai rejoints le soir sur la butte et l’on a sabré le champagne avec une foule enthousiaste, devant le feu d’artifice que l’on n’attendait pas. Paris entrait décidément en campagne de séduction. Il ne s’agissait pas de retrouver le passé mais seulement un sentiment qui n’était pas censé disparaitre, ou du moins pas si tôt.
Puis nous avons retrouvé les deux autres, encore presque inconnus, mais déjà un peu familiers. Ils l’ont beaucoup regardée. Elle était pimpante ce soir, comme à son habitude. Je ne sais pas comment j’étais. Je me sens encore vieille, je ne suis pas tout à fait ranimée. Quand, pour de bon?
Est-ce que ça viendra tout seul ? Rien ne change vraiment en apparence pourtant. J’ai toujours le même rire de gamine. Je parle de mille choses, de ces groupes que je découvre, de ces films qui m’obsèdent, de ces bars où il faut absolument que je vous emmène. Mais de cette peur au ventre, pas trop. Parce que quand ils sont là, elle s’en va, la plupart du temps. Et parce qu’au fond, j’ai toujours pas vraiment réussi à l’identifier pour de bon.
Peut-être parce qu’elles sont deux. Il y a la bonne, celle qui me dit qu’il y a autre chose à faire, reste plus qu’à savoir quoi. Celle qui me fait bouger, en m’indiquant à grand renforts de culpabilité que je perds un peu le cap. Elle est sournoise et tenace, mais dans le fond, pas foncièrement mauvaise.
Et puis il y a la nouvelle. Celle qui me fait penser que c’était mieux avant et qu’il n’y aura pas toujours d’après. Celle qui m’empêche d’oublier. Celle qui je croyais, me serait toujours étrangère. Elle ne m’appartient pas. Mais je dois l’accepter, pour être et ne pas ressembler. Cette connasse me donne parfois l’impression qu’elle veut m’écraser mais l’autre se défend pas trop mal pour prendre le dessus. C’est un peu le bordel, une espèce de mutation. La gamine lutte pour garder ses plaisirs sans contrepartie mais l’autre est déjà un peu née et compte bien s’imposer. Peu importe le temps que ça prendra, elle est pas trop pressée. Elle est un peu moralisatrice sur les bords mais je pense quand même qu’elle a raison quand elle pense que ses problèmes se résoudront dans l’action. Pas la fuite.
Tu m’avais manquée